L’été, la canicule est redoutée par tous. Mais pour certains, la chaleur ne se limite pas à l’extérieur. Nous avons interrogé trois personnes de catégories sociales et situations différentes : une étudiante, un père de famille et une infirmière. Leur point commun ? Ils vivent dans ce que la fondation Abbé Pierre qualifie de « bouilloire thermique », ces habitations où le quotidien devient un enfer à cause de la chaleur. Tous envisagent une solution radicale pour retrouver un confort de vie acceptable : déménager, et fuir la fournaise de leurs logements. Témoignages.
Sommaire
Des logements mal conçus et peu performants
Sarah, étudiante de 28 ans à Marseille, décrit son quotidien : « J’habite dans un petit studio sous les toits. La chaleur monte et s’accumule. » Elle ajoute, découragée, « Il m’est arrivé de voir le thermomètre afficher 38°C à l’intérieur dans mon salon, même avec toutes les fenêtres ouvertes. C’est invivable.«
Ce n’est pas seulement le confort qui est en jeu. La santé des habitants est également menacée. « La température monte régulièrement à plus de 40°C« , confie Marc, père de deux enfants à Lyon. « C’est très inquiétant pour nos enfants. Ils sont souvent épuisés à cause de la chaleur. Nous fuyons la chaleur de notre appartement la journée pour leur trouver un peu d’air.«
Léa, infirmière à Toulouse, témoigne de la difficulté de se détendre chez soi : « Mon appartement est orienté plein sud. Même en fermant les volets, la chaleur s’infiltre. Il m’est arrivé de rentrer du travail et de trouver l’intérieur à 37°C. » Comme quoi, l’exposition plein sud n’est pas toujours un must have…
Des solutions existent, mais difficiles à mettre en place
Face à cette chaleur étouffante, nombreux sont ceux qui cherchent des solutions. « La facture d’électricité a explosé car nous avons dû acheter plusieurs climatiseurs« , confie Marc. Mais ces solutions ont un coût. Et malgré ces investissements, le soulagement est souvent de courte durée. Sarah ajoute : « J’ai essayé d’acheter un ventilateur, mais il ne fait que brasser de l’air chaud.«
Des solutions concrètes existent pour améliorer le confort thermique des logements, mais demandent des travaux conséquents. L’isolation thermique, par exemple, peut grandement réduire la chaleur à l’intérieur des habitations. L’utilisation de matériaux réfléchissants pour les façades peut également aider à repousser une partie de la chaleur solaire. La végétalisation des toits et des façades, ainsi que la plantation d’arbres autour des bâtiments, peuvent aussi offrir une protection naturelle contre la chaleur. Enfin, une ventilation adéquate, combinée à des systèmes de rafraîchissement passif, peut aider à maintenir une température intérieure agréable, même pendant les jours les plus chauds. Problèmes : certains logements très anciens sont difficiles à rénover. L’exemple le plus parlant sont les immeubles haussmanniens à Paris. Les toit en zinc faisant étant un élément caractéristique de ces monuments classés, il est impossible de repeindre les toits en blanc, alors qu’ils sont majoritairement responsables des températures caniculaires sous les toits.
La législation est largement insuffisante pour les logements dits « bouilloires thermiques »
L’une des principales difficultés dans la lutte contre les bouilloires thermiques réside dans la question de la responsabilité. Qui doit engager les travaux ? Le locataire, qui subit directement les conséquences de la mauvaise isolation, ou le propriétaire, détenteur du bien immobilier ? En France, la loi tend à responsabiliser les propriétaires, les inciter à réaliser des travaux d’isolation pour améliorer la performance énergétique de leurs biens. Cependant, transformer un logement énergivore en un logement écologique est couteux, et tous les propriétaires ne sont pas en mesure de les financer. De plus, certains locataires peuvent hésiter à signaler le problème, de peur de voir leur loyer augmenter après les travaux. Il est donc essentiel de trouver un équilibre, peut-être à travers des aides financières ou des incitations fiscales, pour encourager la rénovation thermique des logements tout en protégeant les droits des locataires. Acheter une passoire énergétique reste globalement une opération rentable pour un propriétaire si les travaux de valorisation sont menés à bien.
Mais la plus globalement, c’est la législation qui reste insuffisante. Car si la loi oblige les propriétaires à louer des logements dont la température réglementaire est de 19°C en moyenne, elle ne prévoit rien en termes de températures maximales. En d’autres termes, on ne peut pas obliger un propriétaire à isoler contre la chaleur, ou entamer des travaux pour améliorer le confort thermique en été.
Déménager, la solution extrême pour fuir la chaleur
Pour certains, la seule solution semble être le déménagement. Trouver un logement mieux isolé avec un meilleur DPE, mieux conçu, loin de cette chaleur insoutenable. Mais est-il normal de devoir fuir son propre chez-soi pour trouver un peu de fraîcheur ? Léa, infirmière à Toulouse, confie avec amertume : « Je ne peux pas me détendre chez moi. L’été dernier, j’ai dû annuler plusieurs fois des rencontres avec des amis car il était tout simplement impossible de les recevoir dans cette fournaise. Je préfère déménager que de continuer à vivre dans un endroit où je ne peux même pas inviter des proches. » Cette situation met en évidence une grave lacune dans la conception et la réglementation des logements. Personne ne devrait être contraint de déménager à cause d’une chaleur insupportable, ni de renoncer à sa vie sociale à cause de conditions de vie impossibles.
L’enjeu sociétal et environnemental
Pour les habitants de bouilloires thermiques, c’est la double peine : l’hiver, il fait très froid dans leur logement. L’été, la chaleur leur rend la vie impossible. Cette situation de précarité énergétique toucherait près d’un français sur trois, plus selon certaines associations qui se mobilisent sur ces questions.
Au-delà des conditions de vie insupportables pour les habitants de tels logements, les bouilloires thermiques posent un véritable enjeu environnemental. Elles témoignent d’un manque d’anticipation face aux défis du changement climatique. De plus, la surconsommation d’énergie pour refroidir ces logements a un impact environnemental non négligeable.
Il est urgent de repenser la conception de nos logements, d’améliorer leur isolation et de les adapter aux nouveaux défis climatiques. Pour que chacun puisse vivre confortablement, sans craindre la canicule à domicile.


