La législation française durcit progressivement les règles d’encadrement des locations énergivores. Les propriétaires bailleurs de logements classés F ou G au diagnostic de performance énergétique (DPE) sont concernés par l’interdiction progressive de mise en location. Cette interdiction s’applique depuis 2023 pour les logements les plus énergivores et s’étendra jusqu’en 2034 pour l’ensemble des passoires thermiques. Faisons le point sur les échéances, les obligations et les solutions à votre disposition.
Sommaire
Qu’est-ce qu’une passoire thermique au sens légal ?
Une passoire thermique désigne un logement présentant une performance énergétique très faible, identifiée par le diagnostic de performance énergétique. Ce document obligatoire classe les biens immobiliers sur une échelle allant de A (très performant) à G (très énergivore).
Sont considérés comme passoires thermiques les logements classés F et G, c’est-à-dire ceux dont la consommation énergétique dépasse 330 kWh par mètre carré et par an. Ces biens représentent environ 17% du parc locatif privé français, soit près de 1,8 million de logements.
Le DPE évalue deux critères principaux : la consommation d’énergie primaire et les émissions de gaz à effet de serre. La note finale correspond à la plus mauvaise des deux évaluations, ce qui explique pourquoi certains logements peuvent être pénalisés malgré une consommation modérée.
Le calendrier des interdictions : quelles échéances pour votre bien ?
Le gouvernement a mis en place un calendrier progressif d’interdiction de location des passoires thermiques, s’échelonnant de 2023 à 2034. Cette approche graduelle vise à laisser aux propriétaires le temps de réaliser les travaux nécessaires.


Les étapes déjà en vigueur
Depuis août 2022, les propriétaires ne peuvent plus augmenter librement le loyer des logements classés F ou G entre deux locataires ou lors du renouvellement du bail. Cette mesure constitue la première contrainte imposée aux bailleurs de passoires thermiques.
Depuis janvier 2023, les logements dont la consommation énergétique dépasse 450 kWh/m²/an sont interdits à la location. Cette mesure concerne environ 90 000 logements, principalement des biens chauffés à l’électricité et situés dans des zones mal isolées.
Les prochaines échéances à anticiper
| Date | Classement concerné | Nombre de logements estimé |
| 1er janvier 2025 | Tous les logements classés G | Environ 600 000 logements |
| 1er janvier 2028 | Tous les logements classés F | Environ 1,2 million de logements |
| 1er janvier 2034 | Tous les logements classés E | Environ 2,6 millions de logements |
Ces échéances s’appliquent aux nouvelles mises en location et aux renouvellements de bail. Un locataire déjà en place ne peut pas être contraint de quitter les lieux tant que son bail se poursuit normalement.
Comment savoir si votre bien locatif est concerné ?
Pour déterminer si votre logement entre dans la catégorie des passoires thermiques, vous devez disposer d’un diagnostic de performance énergétique à jour. Depuis juillet 2021, le nouveau DPE est opposable juridiquement, ce qui signifie que le locataire peut se retourner contre vous en cas d’erreur manifeste.
Le DPE doit être réalisé par un diagnostiqueur certifié et reste valable 10 ans. Toutefois, les DPE réalisés avant juillet 2021 voient leur validité limitée :
- DPE réalisés entre 2013 et 2017 : valables jusqu’au 31 décembre 2022
- DPE réalisés en 2018 : valables jusqu’au 31 décembre 2024
- DPE réalisés entre 2019 et juin 2021 : valables jusqu’au 31 décembre 2024
Si votre DPE date d’avant 2021, il est fortement recommandé de faire réaliser un nouveau diagnostic. La méthode de calcul ayant évolué, votre logement pourrait obtenir une note différente, meilleure ou moins bonne qu’initialement.
Le nouveau DPE prend mieux en compte l’isolation et la ventilation du logement, ce qui peut modifier significativement le classement énergétique d’un bien par rapport à l’ancienne méthode.
Quels risques encourez-vous en cas de non-conformité ?
Louer un bien interdit à la location expose le propriétaire bailleur à plusieurs sanctions. Le locataire dispose de moyens de recours juridiques pour faire valoir ses droits face à un logement non conforme aux critères de décence énergétique.
Le locataire peut d’abord saisir la commission départementale de conciliation pour trouver un accord amiable. En cas d’échec, il peut engager une action en justice pour demander :
- La mise en conformité du logement par la réalisation de travaux
- Une réduction du loyer proportionnelle au préjudice subi
- Des dommages et intérêts pour compenser les surcoûts énergétiques
- La résiliation du bail aux torts du propriétaire
Au-delà des recours individuels, les propriétaires s’exposent à des sanctions administratives. Les services de l’État peuvent imposer la réalisation de travaux sous astreinte financière. En cas de refus persistant, l’amende peut atteindre 5 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale.
Les notaires et agents immobiliers ont également l’obligation de vérifier la conformité du bien avant toute transaction. Une location irrégulière peut entraîner leur responsabilité professionnelle.
Quelles solutions pour remettre votre bien aux normes ?
Face à l’obligation de rénovation, plusieurs travaux peuvent améliorer significativement la performance énergétique d’un logement. L’efficacité des interventions dépend de l’état initial du bien et des caractéristiques du bâtiment.
Les travaux prioritaires à envisager
L’isolation constitue généralement le premier poste de travaux à considérer. Une mauvaise isolation est responsable de la majorité des déperditions thermiques dans les logements anciens. Les interventions les plus efficaces concernent :
- L’isolation des combles et de la toiture (jusqu’à 30% des déperditions)
- L’isolation des murs par l’intérieur ou l’extérieur (jusqu’à 25% des déperditions)
- Le remplacement des fenêtres simple vitrage par du double ou triple vitrage (10 à 15% des déperditions)
- L’isolation des planchers bas (7 à 10% des déperditions)
Le système de chauffage représente le second levier d’amélioration. Remplacer une vieille chaudière au fioul ou à gaz par une pompe à chaleur, une chaudière à condensation ou un système de chauffage au bois permet de gagner plusieurs classes énergétiques.
La ventilation, souvent négligée, joue un rôle essentiel dans la performance énergétique globale. L’installation d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) double flux permet de renouveler l’air tout en limitant les pertes de chaleur.
Les aides financières disponibles
Plusieurs dispositifs d’aide financière ont été renforcés pour accompagner les propriétaires bailleurs dans leurs travaux de rénovation énergétique. MaPrimeRénov’ constitue l’aide principale, avec des montants variables selon les revenus et l’ampleur des travaux.
Les propriétaires bailleurs peuvent également bénéficier de l’éco-prêt à taux zéro, permettant d’emprunter jusqu’à 50 000 euros sans intérêts pour financer des travaux de rénovation. Ce prêt est cumulable avec d’autres aides.
Le dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) oblige les fournisseurs d’énergie à financer des travaux de rénovation. Les montants varient selon le type de travaux et peuvent représenter plusieurs milliers d’euros.
Une rénovation globale permettant de sortir de l’étiquette F ou G peut bénéficier d’aides cumulées représentant jusqu’à 60% du montant total des travaux pour les propriétaires aux revenus modestes.
Les alternatives à la rénovation
Si les travaux de rénovation s’avèrent trop coûteux ou techniquement impossibles, d’autres options s’offrent aux propriétaires bailleurs. La vente du bien constitue la solution la plus radicale, permettant de se désengager d’un investissement devenu contraignant.
Le marché des passoires thermiques reste actif, notamment auprès d’investisseurs spécialisés dans la rénovation ou de primo-accédants disposant de compétences en travaux. Le prix de vente devra naturellement intégrer une décote liée aux travaux à prévoir.
Certains propriétaires choisissent de retirer leur bien du marché locatif pour l’utiliser comme résidence secondaire ou le mettre à disposition de proches. Cette option évite les contraintes légales tout en conservant la propriété du bien.
La location saisonnière peut sembler une alternative, mais elle reste soumise à la réglementation locale et ne constitue pas une échappatoire durable. De plus, de nombreuses communes encadrent strictement ce type de location.
Anticiper pour mieux gérer la transition énergétique
L’interdiction progressive des passoires thermiques s’inscrit dans une démarche environnementale de long terme qui ne fera que se renforcer. Les propriétaires bailleurs concernés ont intérêt à anticiper les échéances réglementaires plutôt que de subir l’urgence des derniers moments.
Faire réaliser un audit énergétique complet permet d’identifier précisément les travaux prioritaires et leur coût prévisionnel. Cette démarche facilite la planification financière et l’optimisation des aides disponibles. Les professionnels qualifiés RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) peuvent vous accompagner dans cette réflexion.
Les propriétaires disposant de plusieurs biens peuvent établir une stratégie patrimoniale cohérente, en priorisant la rénovation des logements les plus facilement améliorables et en se séparant des biens nécessitant des interventions trop lourdes. Cette approche pragmatique permet d’optimiser le retour sur investissement tout en restant conforme à la législation.


